Villard / Menton octobre 2007
"Le soleil n'est jamais aussi beau qu'un jour où
l'on se met en route"... Jean Giono
Le Vallon des Aiguilles dans le massif du Dévoluy.
Ancienne tourbière bombée entièrement refermée.
Villard/
Menton 400 km un pari réussi en 21 jours !
Participe à l'aventure : Hérvé, Denis, Jocelyne et Vincent
(quatre randonneurs confirmés)
Pari réussi pour Nino, Roméo et les 4 randonneurs de l'Âne
Voyageur.
Ils sont arrivés à Menton le 26 octobre 2008 après 21
jours de marche !
21 jours de bonheur en compagnie de 2 ânes extraordinaires qui ont fini
par voir enfin la mer.
Roméo et Nino les ânes les plus hauts du vercors.
Altitude 2639 mètres au Col de la Cayolle / Déballage et sèchage
au soleil de notre matériel.
Un cumule de dénivelé impressionnant
!
21 cols franchis dont 10 à plus de 2000 mètres.
14355 mètres de dénivelé positif.
15645 mètres de dénivelé négatif.
127h30 de marche une moyenne de 6h par jour.
10 journées avec plus de 1000 mètres de dénivelé
positif.
Bref une belle leçon de courage, de ténacité, de générosité
de la part de Nino et Roméo qui ont porté chacun durant ces 21
jours en moyenne 45 kg de charge.
Résumé de l'aventure :
Le 5 octobre nous partons de Villard de Lans avec devant nous un programme
de 400 km de chemin. Nous sommes chargé d'environ 130 kg de bagages
réparti à la fois sur nos sacs à dos et sur le dos de
deux ânes. Notre projet étant d'être le plus autonome possible.
En moyenne nous nous ravitaillons tous les six jours.
Durant toute la durée du voyage nous arrivons non sans mal à
maintenir le programme préétabli en amont, une moyenne de plus
de 20 KM par jour, avec souvent beaucoup de dénivelé !
Comme prévu après avoir traversé la Réserve naturelle
des Hauts Plateaux du Vercors, le massif du Dévoluy, la vallée
du Buèche et le massif du Mercantour, nous arrivons le 21 octobre à
St Martin de Vésubie où nous retrouvons Hugues ( un collègue
accompagnateur ) et Patricia ( ma compagne ) avec la remorque et la voiture
indispensable pour notre retour.
Le 19 octobre la neige a fait son apparition au dessus de 1600 mètres.
Notre progression devient difficile avec les ânes au-dessus de 2000 mètres.
Neige et gel (-10 °) nous accompagnent durant les derniers jours de randonnée.
Nous arrivons tant bien que mal, surtout à cause du gel (risque de chute
pour les ânes dans les dévers) à Sospel, avant dernière
étape de notre périple. L'arrivée à Menton se fait
sous la pluie, sur une route extrêmement glissante. Curieux après
20 jours de soleil !
Couché de soleil sur les Aples de haute Provence
/ La clé de notre réussite : la toilette des sabots des ânes.
Pensées :
... Quelques évidences émergent doucement après une semaine
de marche ...
Notre terre est finalement bien grande! Infiniment grande pour les pats d'un
homme qui voyage en compagnie des ses propres jambes. La notion de temps disparaît,
les jours se succèdent aux autres avec une certaine forme de monotonie.
Manger, dormir, se construire un abri (monter la tente), marcher... nous retrouvons
les gestes essentiels des "chasseurs / cueilleurs" de notre préhistoire.
Mais que la terre est grande et belle ! Chaque jours sous nos pieds un sol
différent, chaque jours devant nos yeux des images, des paysages infinis.
Et pourtant nous sommes en France !
La marche à pied est de toute évidence un excellent moyen de
redonner à la terre ses vraies dimensions. Nous nous sentons si petit
sur ce chemin qui semble ne jamais finir. Le ciel est strié du passage
des avions de ligne. Cela nous rappel que lorsque nous prenons l'avion, la
terre se réduit d'un seul coup à la taille d'un mouchoir de poche
! Pensez donc : Lyon / Casa 1h30 ! Comment la pensée de l'homme peut-elle
survivre dans une telle étroitesse d'espace. Nous avons besoin d'espaces
infinis, je me rends compte que c'est un point vital pour notre survie.
Bivouac de rêve au Col d'Allos / Le Lac d'Allos.
Durant cette belle aventure ( " l'Evrest des ânes " pour reprendre
les termes de Hugues ) nous poussons nos ânes aux limites de leurs possibilités,
tant sur le plan des difficultés techniques des passages que nous leur
imposons que sur le plan de l'endurance pour les animaux ( nos ânes ont
effectués la totalité du parcours sans être ferré.
L'état de leur sabots à l'arrivé est tout à fait
correcte. Le sabot à juste pris une légère forme de fer
à repasser mais rien de sérieux).
Le
récit du voyage :
Nous partons sous la pluie le 5 octobre de Corrençon en Vercors situé
à quelques kilomètres de Villard de Lans. La météo
est prometteuse pour les jours à venir et c’est mieux ! Nous ne
le savons pas encore mais cela sera notre premier et notre dernier jour de
pluie pour toute la durée de notre périple ! C’est extraordinaire
et inquiétant à la fois…Si peux de précipitation
en automne, il y a du dérèglement climatique dans l’air
!
Départ du parking du golf de Corrençon / La
Tête de Praorzel vue depuis Combeau.
Nino et Roméo sont en pleine santé, nous marchons à grand
pas et sans surprises, si nous pouvions gagner un peu de temps sur le programme
initial c’était bien sûr ici. Nous traversons en effet la
réserve des Hauts Plateaux à la vitesse de l’éclair
( 45 km d’espace vierge de toute route et habitations) . C’est
un territoire que nous connaissons parfaitement. Un trésor aussi que
nous aimons faire partager.
Les crêtes Jiboui vertigineuses en direction du Col
de Seysse / Bivouac au Col Lachaux.
Au jour 3 de notre périple nous sommes déjà aux portes
de la Drôme et nous quittons le Vercors. Un moment pour nous symbolique.
Le massif du Jocou nous réserve quelques surprises dans des traversées
vertigineuses au col Jiboui. Les ânes nous impressionnent. Après
9h de marche, grosse journée, nous sommes obligés de débâtter
dans les éboulis du col de Seysse. Un passage qui restera gravé
dans nos mémoires pour toute la durée du parcours. Plus de peur
que de mal : une sacoche déchirée rien de plus. Bivouac de rêve
au col Lachaux. Des lumières fabuleuses nous attendent ce soir-là
sur les pentes du sommet du Jocou. C’est le moment de se pencher sur
la carte pour évaluer le parcours du lendemain.
En règle général nous dormons mal et nous avons tendance
à nous caler naturellement sur le soleil. Nous nous couchons de plus
en plus tôt vers 19h30 et nous réveillon dès l’aurore
( vers 5h30 ). De plus, plus nous avançons dans notre périple
plus les jours racourcissent !
La traversée du massif du Dévoluy s’avère plus sérieuse
que prévu. La montée du Col des Aiguilles est extrêmement
raide. Nino et Roméo sont trop chargés et la montée s’effectue
dans le brouillard. Quelle démonstration de ténacité.
Nino, toujours en tête dans les montés, arrache péniblement
chaque mètre de dénivelé à la montagne. Je me demande
toujours quelles sont leurs motivations ? Avancent-ils uniquement parce qu’on
le leur demande ? Je n’en ai pas l’impression. Il semble qu’ils
cherchent eux aussi une victoire. Un dépassement d’eux-mêmes…
C’est très émouvant.
Arrivée au Col des Aiguilles la victoire est complète, nous venons
de passer un des obstacles les plus conséquent de notre parcours. Nous
traversons avec bonheur le Vallon des Aiguilles, gigantesque tourbière
d’altitude presque totalement fermée. Certainement un des paysages
les plus extraordinaires de notre périple, où se mêle douceur
et perspectives infinies. A vous couper le souffle.
Au jour 5 de notre aventure il s’installe déjà quelques
petits rituels. Nous avons maintenant nos places bien définies dans
le tipi, les repas sont finement élaborés par Denis notre spécialiste
culinaire et on ne pourrait sans passer... Le tipi est monté par Hervé
et moi-même et les ânes nous regardent vivre comme si nous faisions
parti de leur troupeau. Une connivence s’installe entre nous tous et
la vie devient simple et fluide.
Bergerie originale près du Col de Festre / Bivouac
improvisé dans une ancienne porcherie vers le Lac de Serre Ponçon.
Notre périple est maintenant rythmé par les traversées
de forêts aux couleurs chatoyantes d’automne, les petites bergeries
perdues au fin fond des plateaux, le silence des cimes du Pic de Burre et la
limpidité des cieux à l’auret de l’hiver.
Le septième jour de marche nous ramène à la route et à
la vallée, nous chutons à 600 mètres d’altitude
! Difficile de retrouver les voitures, le bruit et le goudron…Mais c’est
la voix royale en direction du Mercantour, le massif temps attendu ! Ce soir-là
nous trouvons refuge dans une ancienne porcherie, et nous sommes accueillis
par des gens adorables qui prennent soin de nous. On nous offre tomates pommes
de terre et courgettes. Nous sommes sur terre pourtant, c’est incontestable
!
Jours 8 et 9 : Nino commence à boiter. Les longues heures de marche
sur le bitume n’arrange rien à la situation. Nous sommes inquiet.
L’étape Espinasse / Méolans est un vrai calvaire. Nous
sommes stoppé au village du lauzay. Nino n’en peut plus. Je dois
intervenir. A l’aide d’un couteau pointu j’arrive à
percer l’abcès de Nino au niveau du sabot avant droit. Quelques
conseils vétérinaires par téléphone me permettent
d’être rassuré sur les soins à prodiguer au malade.
En l’espace de 2 heures Nino est sur pied avec une bonne dose d’aspirine.
Nous réussissons à finir notre journée de marche jusqu’au
gîte d’étape de Méolans, première nuit en
refuge depuis le départ ! Quel bonheur ! Les matelas ont du bon ! Nous
passons une nuit formidable et réparatrice. La journée qui nous
attend est bigrement chargée ! Plus de 1450 mètres de dénivelé
au programme. Ce soir nous dormons au Col d’Allos ! Le Mercantour est
maintenant là devant nous. Encore une journée de marche et nous
franchirons les portes du Parc avec le grand lac d’Allos en cadeau de
bienvenu.
Bivouac au Col d'Allos, Luis et Patricia sont venus nous
rejoindre / L'aube au Col de la Cayolle.
Au jour 11 nous sommes bloqués dans notre progression par un refus de
Nino à vouloir franchir une petite passerelle. Ce brave Nino, toujours
le premier sur les chemins, ne veut plus rien savoir. Il est vrai que les passerelles
dans le Vercors ne courent pas les rues. Bref nous devons rebrousser chemin
et admettre que ce sentier n’est pas le meilleur à suivre. Ce
petit caprice nous vaut tout de même la bagatelle de plus d’une
heure de marche en plus ! Enfin, les ânes sont des êtres vivants
formidables et insoumis ! C’est pour cette raison qu’on les aime.
Jour 12, nous sommes enfin dans le Parc du Mercantour et ça se voit.
Le Lac d'Allos, un des plus beau souvenir... où la beauté des
paysages nous renvoie à la dure réalité de notre monde
: dans le lac une pierre porte ces inscriptions gravées par nos anciens
: "Lorsque tu me verras... tu pleureras ". Et aujourd'hui cette pierre
nous la voyons ! Pleurons en effet sur cette eau qui n'en finit pas de disparaître
année après année ! Pleurons sur nos enfants qui n'auront
sans doute pas la chance de voire cette eau étinceler au soleil du midi
! Profitons de ces instants de beauté infinis. Et oui, nous n’avons
pas changé de pays, nous sommes toujours en France ! Allez voir ce lac
et vous comprendrez ! Mais allez-y seul et au mois d’octobre, lorsque
la lumière est basse et que le ciel est pur et vous comprendrez ! Arrêtons
de massacrer la terre. Sauvons encore ce qui peut être sauvé !
« Tant de mains pour transformer ce monde et si peu de regards pour le
contempler ! »…
Nous avons le sentiment d’être nulle part et de n‘être
personne. Nous sommes au cœur de la vie, simplement. Tout cela est tellement
émouvant que nous faisons le tour du lac sans trop nous en apercevoir,
nous aurions pu d’ailleurs en faire trois le tour. Puis c’est la
monté vers le Col de la petite Cayolle. Le point culminant de notre
parcours ! 2639 mètres d’altitude. Nos ânes sont les plus
hauts du Vercors ! Une hardes d’une centaines de chamois nous y attendait…
Jour 13, la grâce nous accompagne. Au petit village d’Entraunes
on nous ouvre le petit commerce pour nous permettre de nous approvisionner
et on nous offre tomates et fromages. Pourtant, nous ne demandons rien…Il
faut dire que notre projet impressionne ! Allez jusqu’à Menton
… A pieds … Avec des ânes !
Je n’avais jamais remarqué que les couleurs de l’automne
pouvaient être aussi variées et aussi denses. Ici les mélèses
couleur d’or nous éblouissent chaque matin. La nature nous ouvre
le cœur et rend poreux à ce genre d’événements.
7h du matin descente vers Entraunes / Les couleurs chatoyantes
de l'automne sur le Mercantour.
Les Villages se succèdent entre le jour 14 et le jour 18. Un jour, un
rallye automobile nous contraint à nous lever à 4h du matin,
la route que nous empruntons étant coupée à 10h30, nous
devons faire l’étape de la journée en une matinée
! Les spectateurs déjà entassés le long de la route du
rallye sont surpris par notre caravane. On nous applaudit tout de même
! Quel étrange spectacle ce matin là, où se côtoie
deux mondes : celui de la vitesse, de l’excitation et de la compétition
et le nôtre, expression de la lenteur, de l’harmonie et du silence…
En règle général nous sommes surpris par l’élégance
des petits villages que nous traversons. Le village de Rimplas par exemple
est un trésor authentique perdu fin fond de la France. Celui de Roubion
après le Col de la Couillole est un joyaux médiéval suspendu
au-dessus de gorges profondes où coule la Vionène… Le Valdeblore
regorge de petits villages très vivants. On a parfois le sentiment d’être
très loin, peut-être même ailleurs, très loin …
Dans les vallées perdues du Népal.
Vue sur le Valdeblore / Arrivée à Sospel,
même ma voiture est marquée par les ânes !
Au jour 16 la neige fait son apparition pendant la nuit. Les températures
chutes brutalement et nous nous retrouvons en situation de randonnée
hivernal. Heureusement nous avons du bon matériel et les températures
négatives de la nuit ne nous impressionnent pas le moins du monde. Pour
les ânes j’avais prévu des manteaux imperméables
en polaire. Il semble qu’ils aient été appréciés.
Les ânes supportent bien le froid mais pas l’humidité !
…Scrupuleusement, chaque matin nous faisons les sabots de Nino et Roméo.
Nous examinons chaque pied avec attention, la fourchette, la sole. C’est
là clef de notre réussite sur ce long parcours. Chaque soir après
l’effort nous donnons à nos compagnons de route 250 gr d’orge
aplati que nous avions pris soin d’emmener avec nous. Cela représentait
500 gr / jour de céréales pour les ânes. Nous les brossons
avec soins et les récompensons de leur travail par quelques câlins.
Le 21 octobre, 17 jours après notre départ nous arrivons à
St martin de Vésubie ! La neige ne nous permettra pas de passer par
la vallée des Merveilles, tant attendue. Il nous importe maintenant
de rejoindre rapidement Menton, car la météo annoncée
n’est pas très bonne pour les prochains jours. Et puis nous avons
la mer à Rimplas. Et nous sentons que l’arrivée est proche,
encore quelques jours et nous serons sur la plage ! Et pourtant nous ne sommes
pas au bout des surprises.
Le jour 18 nous arrivons au gîte d’étape de Belvédère.
Nino et Roméo sont accueillis comme des princes. Ils ont droit ce soir-là
à une ration de foin. C’est vrai que l’herbe par ici se
fait de plus en plus rare. La sécheresse est passée par là.
Pas de pluie depuis juin dernier !
Le lendemain jour 19 une grande journée nous attend avec un dénivelé
positif de plus de 1500 mètres ! En point de mire la col de Rause à
2000 mètres d’altitude. Après toutes ces journées
de marche c’est un vrai challenge. Le défi est finalement relevé
avec panache. Nous sommes au col de Raus à 12h30 et devant nous, au
loin la mer qui se révèle cette fois nettement à l’horizon
! Nous croisons des traces de loups sur le sentier enneigé. Mais le
plus dure est à venir.
Jour 20 : On nous avait mis en garde sur la difficulté du GR 52 entre
Raus et Sospel, mais j’avoue que je ne soupçonnais pas que la
barre fût aussi haute. Nous-nous bâtons une bonne partie de la
journée avec les bâts. Il faut régulièrement débâter
les ânes pour leur permettre de passer sur les chemins en balcons souvent
effondrés ! Le danger est grand, la pente est effrayante et le sentier
est recouvert par endroits d’une fine pellicule de glace ! Nous devons
même par endroits gratter la terre pour enlever la glace et permettre
le passage des ânes. Une seule erreur d’appréciation et
les ânes basculent 600 mètres plus bas. Nous arrivons à
Sospel le 24 octobre et nous sommes fatigués par un dure journée
de randonnée. Je sens bien que les ânes eux aussi ont souffert,
leur robustesse à tout de même des limites.
Le casino de Menton / Retour à la maison, Menton
21 octobre 2007.
Le 25 octobre, jour 21, nous partons pour Sospel vers 8h du matin. Le temps
est couvert et la pluie menace. Il nous reste 22 km de route à faire,
dont une grande partie sur une route très fréquentée et
dangereuse. Nino et Roméo avance péniblement sur une chaussée
très glissante, car la pluie fait sont apparition vers 14h. Cette fin
d’aventure ne sera pas idyllique, bien au contraire. Nous arrivons à
Menton vers 15h30 après 6h30 de marche. Curieusement une arrivée
à haut risque car la chaussée est extrêmement glissante
et Nino et Roméo risque de tomber à tous moments. Petit passage
au casino, puis quelques photos sur la plage et nous mettons rapidement nos
deux héros de cette aventure au chaud et au repos dans le Van. C’est
curieux, je n’imaginais pas du tout la fin de cette balade comme ça.
Comme quoi, on se fait des films dans la tête ! La mer et les vagues
on même eu tendance à terroriser les ânes. Eux ne demandaient
rien d’exotique. Juste un peu de foin et un abri de fortune pour se mettre
au chaud…
(Fin) ...